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Je suis parano !

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Je suis parano !

«Je suis parano !» On l’a tous pensé à un moment ou à un autre, lorsqu’on a eu l’impression que les gens s’arrêtaient de parler à notre arrivée ou que l’on est convaincu qu’un tel nous veut du mal et complote dans notre dos. On pense qu’une certaine dose de paranoïa est normale voire justifiée dans certains cas, or, dire « je suis parano» est un abus de langage. Le Dr Salim Boulila nous explique que la paranoïa est toujours une pathologie.

par Sonia Bahi

Il n’y a pas de paranoïa « normale » !

Avoir, par exemple, le sentiment d’être suivi quand quelqu’un accélère le pas derrière nous ne veut pas dire que l’on est paranoïaque. C’est uniquement un mécanisme naturel de défense qui existe chez tout le monde, c’est une projection de nos peurs et nos angoisses. Ce mécanisme se déclenche quand on a l’impression qu’une situation est menaçante. La différence avec le paranoïaque, c’est que lui fonctionne uniquement selon ce système. Quelles que soient les circonstances, il est toujours en mode défense. Cela lui permet de se décharger d’un sentiment d’impuissance, c’est toujours la faute des autres et de leur malveillance.

La paranoïa est une psychose «cohérente»

La paranoïa est une psychose, mais c’est une psychose cohérente dans le sens où le cheminement de la pensée se base sur une réalité, ou plus exactement une déformation de la réalité. Mais comme cette psychose ne diminue en rien les facultés intellectuelles, le paranoïaque peut avancer des arguments logiques en faveur de son raisonnement mais qui se base sur des suppositions erronées. La paranoïa est donc un délire chronique mais tellement bien structuré qu’il en apparaît logique. Elle atteint plus souvent les sujets masculins. Elle est plus fréquente entre trente et quarante ans.

Elle s’installe de manière progressive.

Il y a plusieurs formes de paranoïa

La paranoïa s’exprime sous différentes formes. La plus connue est le délire d’interprétation où la personne à l’impression que tout le monde la déteste et qu’elle subit une persécution permanente. La paranoïa peut aussi se manifester comme un délire passionnel qui peut pousser à tuer par jalousie ou par délire mystique. La dernière forme est le délire de revendication où la personne a l’impression d’être victime de préjudices graves et tient absolument à se venger. C’est le profil des personnes qui, par exemple, engagent procès sur procès par ou se querellent en permanence avec les autres.

Une paranoïa à part, la paranoïa sensitive

Il y a aussi la paranoïa sensitive où la personne se sent écrasée par le monde qui l’entoure et a une sensibilité à fleur de peau. Cette forme de paranoïa est caractérisée par une absence totale d’agressivité. Elle survient dans un contexte dépressif. Le délire apparaît après un cumul d’événements et de frustrations qui font ressortir fortement le sentiment d’infériorité chez la personne. Contrairement aux autres types de paranoïas, la paranoïa sensitive est non-agressive, elle est surtout plaintive. Les traits de caractère saillants chez une personnalité sensitive sont une grande timidité, une sensibilité à fleur de peau et un fort sentiment d’anxiété. C’est également une personne tendance à être scrupuleux et enclins aux débats de conscience.

Le profil psychologique du paranoïaque

Bien que les causes de cette maladie ne soient pas vraiment bien définies, les spécialistes s’accordent pour dire qu’elle se déclenche suite à une combinaison de plusieurs facteurs dont certainement une blessure narcissique pendant le jeune âge. Mais il y aurait surtout un profil type qui prédispose plus à développer la paranoïa, comme une personnalité orgueilleuse et rigide, qui ne se remet jamais en cause ou une nature méfiante et revendicative.

Traits de caractère d’une personnalité paranoïaque :

-Méfiance

-Orgueil

-Agressivité

-Fausseté du jugement

-Psycho-rigidité

Traiter la paranoïa

Traiter les paranoïaques peut s’avérer difficile d’abord parce qu’ils ne réalisent absolument pas qu’ils sont malades, convaincus dans leur délire qu’ils ont raison et que le reste du monde est en tort. Ils n’envisagent donc même pas le fait qu’ils puissent avoir besoin d’un traitement. Les pronostics de guérison diffèrent selon le type de paranoïa, la forme la plus accessible au traitement étant la paranoïa sensitive. Le traitement englobe toujours une psychothérapie. Dans les cas extrêmes, en cas de danger pour soi ou pour l’entourage, on peut décider de faire interner le malade en service psychiatrique.

La difficulté, c’est d’établir un diagnostic

Souffrir de paranoïa n’empêche pas de vivre tout à fait normalement, à moins qu’on ne sombre dans la psychose qui elle, peut conduire à de dangereux passages à l’acte comme une agression physique qui peut éventuellement aller jusqu’au meurtre. Etablir un diagnostic pour cette maladie peut se révéler ardu, parce que le fil entre une personnalité méfiante et agressive et quelqu’un atteint de paranoïa est très mince. Il est difficile de déterminer où se termine le caractère et où commence le délire. Ce qui rend les choses encore plus difficiles c’est que le paranoïaque tient un discours très logique et ses arguments peuvent sembler tout à fait pertinents. C’est l’accentuation du caractère paranoïaque qui doit alerter, car cela peut annoncer que le patient bascule dans la psychose, comme une agressivité accrue, l’exaltation ou un emballement affectif démesuré.

Les techniques qui peuvent seconder la thérapie

L’exercice peut être un excellent atout, puisqu’il permet d’évacuer le stress et l’angoisse. Il y a aussi différentes méthodes de relaxation qui, en détendant, peuvent aider à voir la vie de manière plus positive, comme le yoga ou la sophrologie. Le training autogène et l’hypnose peuvent également apporter une aide précieuse.