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Vieillir ou conduire faut-il choisir ?

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Vieillir ou conduire  faut-il choisir ?

Quand est-ce qu’on devient vraiment vieux ? Trop vieux pour conduire ?

par Myriam Bennour Azooz

Quand on prend de l’âge, des changements interviennent au niveau de la mobilité, de la vue, de l’ouïe, de la concentration, de la réactivité…Autant d’éléments qui peuvent diminuer l’aptitude à conduire.

Avoir une voiture ? Pour quoi faire ?

La conduite automobile et la possession de son propre moyen de locomotion peut être ressenti  pour certains, comme essentiel, a fortiori lorsqu’il s’agit de seniors. Pourquoi ? Parce qu’ils commencent certainement à ressentir les effets de l’âge, leur vie qui leur échappe, et la voiture est souvent perçue comme le symbole d’une forme d’indépendance, une chose sur laquelle ils ont encore le contrôle. En effet, elle s’identifie à l’autonomie et à la mobilité de manière quasi exclusive pour de nombreux seniors. Elle symbolise un style de vie, une certaine société de consommation à laquelle certains sont attachés, le moyen de s’évader et d’avoir les commandes en mains.

Avec l’âge apparaissent inéluctablement des altérations physiologiques et fonctionnelles d’intensité variable.

Les modifications de la vue

Parmi elles figurent la réduction progressive du champ visuel, la baisse de l’acuité visuelle dynamique, une moindre résistance à l’éblouissement, l’augmentation du temps d’adaptation à l’éblouissement, la diminution de l’acuité visuelle nocturne et l’augmentation du temps d’adaptation à l’obscurité.

Les changements des muscles squelettiques

Citons la baisse en force, en souplesse, en coordination et en dextérité.

Les déficiences chroniques courantes

Démences, accidents vasculaires cérébraux, maladies articulaires, notamment une arthrose cervicale qui induit une mobilité réduite et la tête et donc du regard, pathologies cardiaques.

Fonctions cognitives

En effet, les performances des fonctions cognitives tendent à diminuer avec l’âge : attention partagée, temps de décision plus long. En effet, si les réflexes perdurent, les temps d’analyse et de réaction se rallongent en vieillissant. Sur un trajet que l’on fait souvent, réagir à ce qui survient est simple. Mais, dans un rond-point dont on n’a pas l’habitude, ou sur une voie d’accélération à l’entrée d’une autoroute, une hésitation ou un excès de précaution peuvent être dangereux.

La sagesse attend le nombre des années

La plupart des personnes, conscientes des changements que connaît leur corps, s’adaptent à leur nouvelle situation et à la diminution de leurs performances. Ainsi, plusieurs parmi les personnes âgées conduisent plus prudemment, moins vite, moins souvent de nuit, aux heures de pointe  et lorsque les conditions météorologiques sont mauvaises. Elles choisissent enfin, de ne faire que de petites distances. Elles adoptent des styles de conduite plus défensifs qu’offensifs : baisse de la vitesse et des dépassements, augmentation des distances inter véhiculaires. Enfin, ils sont aussi nombreux à cesser d’eux-mêmes de conduire quand ils en pressentent les dangers, ceci à tort ou à raison.

Que dit la loi ?

Le permis de conduire à une validité de 10 ans, ça tout le monde ou presque le sait. Avant 65 ans, il est renouvelé quasi automatiquement. Ce n’est qu’à partir de 76 ans que cet intervalle est revu à la baisse pour atteindre les 3 ans. Dépassé les quatre-vingts ans, c’est chaque année que le permis de conduire doit être renouvelé. 

Quand arrêter de conduire ?

L’âge seul est un très mauvais critère d’évaluation des capacités de conduite. Le médecin peut diagnostiquer des signes précurseurs d’une atteinte quelconque (baisse de la vision, défaut de concentration, début de démence…) qui pourrait avoir des répercussions sur les capacités de conduite. Mais la décision finale revient au malade et à sa famille. Notons que ce n’est pas la vieillesse qui oblige à arrêter de conduire, mais bien les pathologies de la vieillesse qui en sont responsables.

Quand intervenir ?

Une interdiction systématique est à éviter. La conduite dépend de l’acuité visuelle ainsi que de l’appréciation spatiale, et des capacités attentionnelle, facultés qui ne sont pas nécessairement altérées de suite. Néanmoins, l’incidence de la maladie doit être évoquée dans différentes consultations médicales afin de préparer la personne à cette alternative. De même, le point sur ce sujet doit être fait régulièrement.

Il s’agit de ne pas laisser se développer des situations dangereuses pour les uns et les autres. En définitive, c’est en prenant en compte les compétences conservées et celles qui sont perdues que l’on pourra au mieux évaluer les risques encourus.

Comment intervenir ?

Avec l’avis du médecin, la famille peut décider d’encourager la personne malade à arrêter de conduire. Il s’agit là d’une épreuve difficile car les conflits sont fréquents avec la personne malade qui, la plupart du temps, ne peut pas ou ne veut pas prendre la mesure du risque. L’idée, c’est de prendre conseil auprès de son médecin qui, lui, saura  vous conseiller la meilleure méthode à suivre. Souvent, des stratégies douces sont suffisantes, telles que la mise en panne de la voiture, la perte des clés, se laisser conduire par son petit-fils pour l’encourager…

Le rôle du médecin

La seule obligation du médecin réside dans l’information du patient. Face à un conducteur déclinant, son rôle consiste d’abord à l’aider à garder le volant par des traitements adaptés ou en l’orientant chez un spécialiste –rhumatologue ou ophtalmologiste le plus souvent-. Il a également un rôle de conseil, en recommandant d’éviter les situations à risque : itinéraire difficile, conduite de nuit…

Une voiture plus adaptée

Certains équipement aident à mieux vieillir au volant et réduisent le risque d’accident. Ils sont déjà installés sur certains modèles. Citons ainsi la boîte automatique qui diminue les douleurs des jambes, de la hanche, de l’épaule et du dos. Mais aussi l’alerte d’angle mort, très utile lorsque l’on tourne difficilement la tête (prévient par un signal lumineux qu’un véhicule est en train de dépasser) et le freinage automatique.

Petits conseils pour la route

Le conducteur âgé peut compenser la baisse (modérée) de la performance de certaines fonctions, telles que l’attention, en conduisant de préférence de jour, hors des heures de pic de circulation, sur des routes qui lui sont familières, sur des trajets relativement courts et sur des voies à vitesse réduite. 

L’avis du spécialiste Dr Sondos Baccar gériatre à l’hôpital Mahmoud El Matri, membre de l’association Alzheimer

Il n’y a pas règle générale pour la conduite chez le senior. Cela s’opère au cas par cas.
Bien sûr, il y a les impondérables, c’est le cas des démences, qui ne permettent plus à la personne de conduire. C’est aussi le cas des autres maladies apparentées qui font que le malade ne suit plus les ordres, il devient alors incapable de régir aux panneaux de signalisation ou aux officiers de police.
Dans une telle situation, mieux vaut arrêter de conduire le plus tôt possible et ne pas attendre la survenue d’un accident. Pour ce qui est des autres pathologies qui peuvent gêner, voire dans des cas extrêmes rendre la conduite automobile impossible, il y a les atteintes neurologiques et articulaires.
En effet, les arthroses entraînent une altération de la coordination des mouvements et, lorsque l’on conduit, on a besoin de toute la mobilité possible aussi bien pour manier la voiture que pour observer l’entourage (les autres voitures et les possibles obstacles ou passants dans l’environnement immédiat de la voiture).
Bien entendu, il faut veiller à toujours vérifier sa vision, je conseille ainsi de faire des visites ophtalmiques annuelles à partir de cinquante ans avec possibilité de se faire prescrire des lunettes spécialement pour conduire. Ce qui est à surveiller, à part la qualité de vision, ce sont les diverses atteintes pouvant influencer le champ visuel (glaucome, cataracte).
Les diabétiques, de même que les hypertendus, sont en première ligne puisque ces pathologies peuvent induire des atteintes de la vision. Je leur conseille donc fortement de ne pas négliger leur vue.

Mais très souvent, on constate que des personnes, se rendant compte des changements qui s’opèrent en eux, prennent la décision d’eux-mêmes de cesser de conduire la nuit, généralement, c’est le premier pas, ensuite, elles peuvent choisir d’éviter les heures de pointe.
Le dernier conseil que je peux donner c’est que l’on ne doit prendre le volant que si l’on juge que l’on est parfaitement en forme. Il y va donc de la responsabilité de chacun. Je conseille donc aux personnes âgées de rouler de préférence de jour et d’éviter les heures de pointe. Si vous ne vous sentez pas suffisamment en confiance, songez à limiter vos déplacements.