Vivre à Deux

Au secours, on veut me marier !

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Au secours,  on veut me marier !

Il y a deux mois et 26 jours, j’ai fêté mes 30 ans. Et depuis, mon monde a changé. Je suis apparemment au bord de la ménopause, pratiquement un pied dans la tombe puisque d’après ceux qui m’entourent, ma date de validité arrive à sa fin et il faut me marier au plus vite.

par Rim Bahi

Je me retrouve dans un film d’horreur mais ce ne sont pas des zombies qui m’entourent, juste des marieurs forcenés de tout bord. Même ceux que je pensais être des alliés commencent à prendre des airs entendus autour de moi et à souffler, l’air de rien, des noms de prétendants potentiels. «Tu vas voir, le mariage va changer ta vie !» Et si je ne veux pas changer de vie, et si ma vie me plait exactement telle qu’elle est maintenant?
Au secours, on veut me marier!

Apparemment, à 29 ans, 11 mois, 30 jours, 23 heures et 59 minutes, il se passe un phénomène étrange et inéluctable, une sonnette d’alarme retentit, que dis-je, une sirène hurlante se déclenche dans la tête de tout l’entourage de la pauvre trentenaire, comme un signal d’urgence et mus par une espèce d’accord tacite, ils passent tous simultanément à l’attaque dès le lendemain. Tout y passe, horloge biologique, faire des enfants, stabilité, assurance vieillesse (ça va! je n’ai que 30 ans!) et même des raisons économiques (c’est d’un romantique!).

Hébétée, je les écoute me vanter les mérites d’untel ou d’untel et les arguments sont parfois pour le moins… euh… étranges. En numéro un, il y a bien sûr l’inévitable «c’est un fils de bonne famille», en quoi, c’est une garantie? Puis il y a la cohorte des «je connais son père», ou «ma mère était avec sa mère en 2ème année primaire» et pourquoi pas «le père du chien est en fait le cousin du chat de sa cousine»? Il y a aussi le «il s’est fait tout seul » ». Ah bon? Même Jésus a eu besoin de sa mère et d’un miracle divin. L’argument massue étant sans conteste le «il gagne bien sa vie»… Mais moi aussi, enfin! Ça ne compte pas? Bon apparemment, cela ne serait pas pareil, une femme gagne sa vie pour le fun alors que l’homme est obligé (mais bien sûr !)

Je fais ma gamine et mon entêtée et je sors le très attendu « mais j’attends d’être amoureuse» et c’est là, que s’il me restait quelques illusions, elles se fracasseraient sans pitié sur l’autel à la gloire du mariage. En fait, l’amour serait un attrape-nigaud qui ne durerait que quelques mois, le temps faire tomber deux êtres par ailleurs sensés, dans l’incroyable piège… Pardon, délice du mariage.

Tous les coups sont permis !

Pour me pousser au mariage, toutes les armes auront été utilisées, rien ne m’aura été épargné: toutes les filles de mon âge sont casées, je me fais brusquement l’effet d’être un dinosaure, il y a aussi ce que vont penser les gens, ce qui est très, très, très important, le fait que moi, personnellement je n’en ai rien à faire ne compte absolument pas ! D’ailleurs, parlons-en de ce que peuvent penser les gens, je suis vraiment curieuse.

L’expression, la terrible expression, est lancée, «vieille fille». C’est tout? Je dois sacrifier ma magnifique existence de célibataire en me liant à quelqu’un dont le seul mérite est d’être apparenté au treizième degré à la cousine paternelle de ma grand-tante pour ça ? Non, apparemment, il y a pire. Je pourrais être…roulement de tambour, suspense insoutenable…homosexuelle ! Bon, cela a l’air d’être plus grave que « vieille fille ». Puisque ces deux qualifications ne m’émeuvent pas plus que ça, les zombies marieurs utilisent leur botte secrète : mon père, l’arme fatale. Les yeux mouillés, la voix qui tremble, il me dit qu’il aimerait voir ses petits enfants avant de mourir. L’ignoble chantage. Quand je vous disais que tous les coups étaient permis !

Le défilé des maris

Je décide que moi aussi je vais être fourbe. Je fais semblant de céder. J’accepte de rencontrer leurs prétendants mais je suis bien décidée à garder ma vie telle quelle. Il y a eu Elyes, 32 ans, cadre dans une entreprise privée étrangère et accessoirement petit cousin de l’oncle du voisin, gentil, bien élevé, jolie voiture mais trois têtes de moins que moi. Il y a eu aussi Mourad, 40 ans, chef d’entreprise, financièrement irréprochable mais trois de tête de plus que moi…au niveau du ventre. Je ne m’étends pas sur Slim dont l’haleine aurait terrassé un cheval, ni sur Riadh auprès duquel j’aurais remporté aisément le prix de virilité. Le pompon est décerné sans hésitation à Fares, chirurgien, propriétaire d’une Ferrari et d’une hideuse construction appelée « villa de maître» sûrement par quelqu’un qui ce jour-là avait oublié ses lunettes à la maison, et qui m’a annoncé le plus naturellement du monde qu’il se mariait par convention sociale et que lui préférait les hommes.

Et puis…j’ai rencontré Aziz, 30 ans et des poussières, qui entre deux rires m’a dit qu’il était là uniquement parce que son père lui avait sorti le fatidique « je veux voir tes enfants avant de mourir». Je vous vois venir avec vos gros sabots. Non, je ne suis pas encore mariée mais tout est possible…