Vivre à Deux

Sous la ceinture, le cerveau !

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Sous la ceinture, le cerveau !

Un mot, un regard, une voix, un parfum, une image érotique et le cerveau s’enflamme !
Tout le background de notre sexualité est dans votre cerveau ! Suivez le guide sans… circonvolutions.

par Salem Djelassi

« Un événement sensoriel-moteur-neuro-hormonal-vasculaire–psycho-social-culturel-interpersonnel » : voici la définition de l’institut Kinsey aux Etats-Unis de l’interaction sexuelle. La sexualité, comme son absence, est le résultat de la combinaison de tous ces facteurs.

Contrôle de la libido

Qui gère toute cette kyrielle de conditions ? Chaque pas ou chaque faux pas de notre libido est contrôlé par ce maître incontesté de nos nuits torrides : le cerveau primaire.
« Le cerveau est incontestablement le support de l’émotion, du désir et de la cognition, explique le Pr Sofiène Zribi. Le cerveau humain est le fruit d’une très longue évolution, qui a abouti à un système complexe formé de trois étages : un cerveau archaïque qui contient les éléments rudimentaires et impulsifs comme le désir sexuel. Au dessus, on trouve le paléo cortex, le cerveau des émotions, de l’amour, de la passion, de la jalousie…. Et, tout au-dessus, le néocortex, siège de la cognition, de l’attraction, de la représentation. »

Archaïque ou primaire, les noms diffèrent, mais c’est à cette adresse « basique » que prend naissance le désir, avant de passer par les deux autres strates pour lui donner la coloration de l’amour, de la tendresse ou de l’envie. Mais à la base, ajoute notre spécialiste : « il n’ y a pas que le désir sexuel. Il y aussi le désir de possession et le désir mimétique dont parle René Girard, le désir de s’affirmer dans un groupe, etc. Tout cela est orchestré par le cerveau. »

Cela dit, instinctif, le besoin de reproduction, qui est à la base du désir sexuel, est très fort chez tous les êtres humains. Le cerveau permet la sublimation de ce désir en talents artistiques, par exemple. Pour Freud, le désir est le moteur de l’action chez l’individu.

Un mot, un regard, une voix, un parfum, une image érotique et le cerveau s’enflamme ! Le désir sexuel peut être déclenché par des facteurs extérieurs qui affolent les cinq sens, mais aussi par des facteurs internes comme une émotion ou la réminiscence de souvenirs agréables. Quel qu’ils soient, ces stimuli déclenchent sous le crâne une véritable tempête de neuro transmetteurs et d’hormones qui modifient le cours du long fleuve tranquille cérébral.

« Ces centres sont maintenus en excitation par l’intermédiaire des hormones qui circulent à l’intérieur du corps de l’homme ou de la femme, poursuit notre psychologue, et l’excitation peut être de tout genre, olfactive et auditive. Aujourd’hui, on crée des parfums pour hommes à base de phéromone et qui exciteraient les femmes, selon les publicitaires… »

Que se passe t-il vraiment docteur, quand on est excité ?

Le cerveau active deux voies, l’une instinctive et l’autre cognitive. Pour la première, il secrétera de la dopamine, un neuromédiateur, qui va inonder et créer une sensation plaisante. Simultanément à la voie instinctive, l’autre voie mobilisée dans l’émergence du désir sexuel est cognitive et c’est elle qui fait toute la différence entre avoir envie de quelqu’un et avoir envie d’un chocolat. Il s’agit de zones dans le néo cortex responsables de l’estime de soi et de la représentation de soi en fonction des expériences passées.

Femmes et hommes, ce n’est pas pareil

« Leur réaction est différente, répond le professeur Zribi. Chez l’homme, le désir est essentiellement visuel et parfois tactile. Chez la femme, le désir est visuel, mais il est aussi lié au sentiment de protection, de sécurité, à l’image que l’homme véhicule dans la société et à son aura. » L’homme serait ainsi plus « réflexe » que la femme !
Les derniers résultats de l’imagerie médicale démontrent cette différence. Selon les chercheurs de l’université de Californie, à Santa Barbara : « Quand le désir naît, le cerveau féminin adopte un profil d’activation caractéristique qui se traduit par l’activation des zones cérébrales particulières en partie différentes de celle des hommes. » La neuro imagerie a démontré même le degré d’amour d’une femme : « Plus elle est amoureuse, plus son gyrus angulaire gauche (zone coudée en arrière du cortex) s’active fortement à l’évocation de l’être aimé. Et plus le gyrus angulaire gauche est actif chez une femme, plus son désir sexuel est fort.

Le désir sexuel féminin est tout sauf un réflexe, selon l’imagerie cérébrale. Il s’apprivoise, se construit. Le cerveau en module la qualité et la durée. Selon les spécialistes, la sexualité féminine est de ce fait, un domaine complexe, difficile à appréhender… c’est tant mieux ! Les aventures pleines de mystères sont plus belles !