Vivre à Deux

L’amour (al)chimie ?

Publié le
L’amour (al)chimie ?

Les incurables romantiques ne vont peut-être pas nous pardonner cet incroyable blasphème, mais à mon sens, l’amour serait une simple réaction chimique orchestrée par le cerveau dans le seul but de perpétuer l’espèce. Le cœur qui chavire, les étoiles dans les yeux et le rose qui recouvre toutes les choses de la vie seraient donc uniquement les conséquences d’un mécanisme programmé génétiquement et dont la sexualité serait le moteur principal. Du mal à y croire ? Nous aussi. Nous avons donc décidé de mener notre enquête.

par Sonia Bahi

Pour parler de sentiments amoureux, on parle d’alchimie, d’atomes crochus et ce n’est pas par hasard. Nous sommes faits de molécules qui interagissent entre elles. La séduction et l’amour font intervenir des substances chimiques spécifiques. Au stade de l’attirance, ce sont les phéromones qui entreraient en jeu. Ensuite, la phényléthylamine, une molécule de la famille des amphétamines prendrait la relève. Cette molécule que l’on trouve en grande quantité chez les personnes amoureuses, se trouve aussi dans… le chocolat ! Cela expliquerait-il l’engouement, voire la dépendance au chocolat ? Le mystère attend encore d’être résolu.

Instinct de survie 

L’amour serait une simple stratégie de nos gènes pour assurer la reproduction de l’espèce. Les anthropologues ont définitivement détruit le mythe de l’amour selon lequel on aime avec le cœur. L’amour nait en fait dans une partie du cerveau, qui s’active comme sous l’emprise d’une drogue forte. Des mécanismes se mettent alors en place pour assurer l’accouplement et la reproduction. Le désir sexuel est stimulé par les testostérones autant chez l’homme que chez la femme.

L’amour-passion engendre un taux de dopamine élevé qui crée une dépendance  qui peut même virer à l’obsessionnel. Ensuite, c’est l’ocytocine qui prend le relais, hormone maternelle par excellence qui permet au couple de rester ensemble assez longtemps pour pouvoir élever l’enfant.

L’ocytocine est une molécule qui est présente lors de certains comportements humains spécifiques, entre autres pendant l’érection ou l’orgasme. Elle est également utilisée pour déclencher les accouchements et favoriser la montée du lait, mais ce n’est pas là son unique rôle, elle influencerait de manière très importante la confiance, l’altruisme, l’attachement, bref tout ce qui favoriserait la conservation de l’espèce. Et étrangement, elle est présente lors de sentiments amoureux, sentiments qui seraient programmés pour une durée de 3 ans ! Voilà qui risque de casser le mythe de «ils vécurent très heureux et eurent beaucoup d’enfants» ! En fait, cet amour-passion, censé ne durer que 3 malheureuses, ou heureuses selon les cas, petites années, serait programmé dans nos gènes depuis des millions d’années pour maintenir les parents ensemble le temps de la grossesse jusqu’à l’autonomie de l’enfant. En effet, pour survivre, l’enfant avait besoin de ses deux parents : le premier pour subvenir à ses besoins alimentaires et le second pour veiller sur lui et le protéger des dangers. Aujourd’hui, les temps ont changé. Programmés pour vivre plus longtemps et dans des conditions moins dangereuses, pourrions nous nous aimer au-delà de cette barrière fatidique des 3 ans ?

L’amour disséqué

A la rencontre, on serait tous attirés par certaines caractéristiques particulières qui nous donneraient des informations génétiques sur le partenaire potentiel. Le ratio taille-hanche indiquerait le degré de fertilité. Les mâchoires fortes chez l’homme seraient, elles, signe d’un taux élevé de testostérone. Même les odeurs joueraient un rôle puisqu’elles donneraient des informations sur le système immunitaire. Bien sûr, toutes ces évaluations se font de manière totalement inconsciente. L’incertitude des débuts accélère le processus amoureux et accroît le besoin d’intimité. Une fois que le désir est concrétisé, la dopamine est relâchée dans l’organisme et le plaisir engendré est lié au partenaire, ce qui crée la dépendance. En même temps, comme la nature est bien faite, les zones qui gèrent le jugement social sont inhibées et empêchent de voir les défauts chez l’autre. L’ocytocine est boostée par les rapports intimes et crée l’attachement. Puis, progressivement, le cerveau reprend une activité normale, la dépendance disparaît et on voit aussi clairement les défauts de l’autre que le nez au milieu du visage. Cette période coïncide généralement avec les 2-3 ans de l’enfant. D’ailleurs les études montrent que c’est après 4 ans que le taux de divorce est le plus élevé.

Serions-nous le jouet de nos molécules ?

Certainement pas ! L’être humain est beaucoup plus complexe qu’une simple association de molécules. Il est indéniable que les molécules ont une influence sur notre comportement mais elles ne le déterminent pas. L’environnement, l’histoire, les influences culturelles et les traits de caractère ont leur mot à dire. Même si on est génétiquement programmé pour rester avec le partenaire le temps de la reproduction. passée cette période, l’amour change de forme mais ne disparaît pas. De passionné et fusionnel, il évolue vers tendre et complice. Alors, molécules ou pas, l’amour garde quand même une dimension magique qui n’a aucune explication scientifique et c’est tant mieux ! Joyeuse Saint-Valentin !