Vivre à Deux

Les bruits du cœur, ma bataille pour la vie

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Les bruits du cœur,  ma bataille pour la vie

Si les gens de ma religion se prosternent cinq fois par jour devant toi, mon Dieu, moi je le fais à tout instant depuis neuf ans et ce ne sera jamais assez pour te remercier.

par Soufia Meddeb

Mon histoire a débuté au mois de mars de l’année 1999.
A cette époque, comme si mon sommeil n’avait pas été assez réparateur, je ressentais une grande lassitude au réveil. Petit à petit, la fatigue avait cédé la place à une sensation de grande faiblesse.
A cette époque, le 30 juin, je devais remettre les travaux de mise en place d’un projet pour le compte du ministère. Je décidais de consulter un médecin généraliste pour lui demander de me prescrire quelques fortifiants.
Après m’avoir auscultée, il me déclara sans ambages: «Madame, c’est plutôt d’une visite à un bon cardiologue que vous avez besoin. Gagnez du temps, faites faire ces analyses, et emmenez les chez le cardiologue, ensuite revenez me voir». Son ton, très grave, loin de m’inspirer une quelconque quiétude, m’avait au contraire déstabilisée. Il n’avait pas réussi à entendre les battements de mon cœur, et me demandait de ne perdre aucun temps face au nombre d’explorations qui s’imposaient.
Je me suis rendue directement au cabinet de mon cousin, grand cardiologue, espérant qu’il aurait de meilleures nouvelles à m’apporter.
En me prescrivant quand même quelques fortifiants, il me révéla que les battements de mon cœur ne s’entendaient pas et qu’il me fallait faire établir un bilan biologique et une exploration cardiologique complets. J’en avais maintenant la confirmation, je présentais un problème au niveau du cœur.
A cette période, je traversais une étape difficile. Au bureau, je travaillais d’arrache pied parce que j’aspirais à une promotion. A la maison, en désaccord avec mon mari, j’envisageais de divorcer et je vivais donc une grande tension.
Etant pondérée de nature et ayant toujours assumé mes choix, je savais faire la part des choses en parant au plus urgent. Je décidais donc d’occulter tous mes problèmes pour ne m’occuper que de mon cœur et je choisis de me faire hospitaliser.
Mes bilans sanguins ne présentaient aucune anomalie. Par contre, un ralentissement du rythme cardiaque avait été noté lors d’auscultations à peine audibles.
Le staff qui me rendait visite quotidiennement avaient procédé à des dizaines d’échographies cardiaques.
Au bout d’une semaine, le diagnostic était tombé comme un couperet: c’était le myocarde, c’est-à-dire le muscle cardiaque, qui ne fonctionnait plus très bien et qui pouvait, d’un moment à l’autre, s’arrêter…définitivement ! On venait de m’annoncer ma mort prochaine, si ce n’était, pire encore, que j’étais déjà morte !

« Au bout d’une semaine, le diagnostic tomba comme un couperet : c’était le myocarde, c’est-à-dire le muscle cardiaque, qui ne fonctionnait plus très bien et qui pouvait, d’un moment à l’autre, s’arrêter…définitivement ! On venait de m’annoncer ma mort prochaine, si ce n’était, pire encore, que j’étais déjà morte ! »

Je demandais à mon cousin si il existait une solution.
Le regard assombri, il avait détourné le visage pour cacher son émotion. Son collègue me répondit: «oui, la solution existe, elle passe par la transplantation cardiaque».
Je reçus un choc! Etait-ce un cauchemar ou mon étrange destin me jouait-il encore un tour ?

« Me regardant droit dans les yeux, il se mit à clamer tout haut ce vers, si célèbre, du grand poète Abul Kacem Ecchabi : «le jour où le peuple prendra la décision de vivre, le destin ne pourra que s’incliner», puis il continua: «si tu tiens réellement à la vie, ton destin suivra. Maintenant tu sais ce qu’il te reste à faire!».Véritable coup de semonce qui me sortit d’un coup de mon abattement pour me ramener à ma nature battante. »

Enfant, j’avais été une excellente élève, aussi appliquée à l’école qu’à la maison, toujours prête à faire plaisir à mes parents et à mes enseignants. Mon baccalauréat obtenu avec la mention très bien, j’avais bénéficié d’une bourse pour études aux Etats-Unis. Mais face à l’opposition de mon frère aîné, j’ai poursuivi, avec brio, des études d’ingéniorat en Tunisie. Classée major de ma promotion, je suis tout de même partie aux Etats-Unis pour achever un troisième cycle. Là-bas, j’ai rencontré un Irakien, un homme merveilleux, avec qui j’avais décidé de me marier et vivre en Amérique.

Mais ma mère qui, ne l’entendait pas de cette oreille, m’avait mise devant un tout autre choix : être reniée par toute ma famille si je l’épousais et que je restais en Amérique. L’été où je suis revenue pour tenter de la convaincre, je ne suis jamais repartie.

J’ai fini par épouser un Tunisien, choisi par mes parents. Nous n’avons pas eu d’enfants.

Dès notre première année de vie commune, je l’avais soupçonné d’infidélité, jusqu’au jour où ma sœur fit sa rencontre au restaurant, en galante compagnie. J’ai donc entamé une procédure de divorce et c’est à cet instant précis que le destin avait décidé de me lâcher.

«Une transplantation cardiaque te paraît un geste titanesque, mais c’est une pratique courante en France. Des malades du monde entier ont été transplantés et cela a marché. Ne rate pas cette occasion. Je suis prêt à t’accompagner», me dit mon cousin.

«Je sais que mon cœur va finir par me lâcher bientôt et que je vais mourir, c’est mon destin».

Me regardant droit dans les yeux, il se mit à clamer tout haut ce vers, si célèbre, du grand poète Abul Kacem Ecchabi : «Le jour où le peuple prendra la décision de vivre, le destin ne pourra que s’incliner», puis il continua: «Si tu tiens réellement à la vie, ton destin suivra. Maintenant, tu sais ce qu’il te reste à faire!». Véritable coup de semonce qui me sortit subitement de mon abattement pour me ramener à ma nature battante.

C’était décidé, j’allais reprendre mon destin en main et me battre jusqu’au bout. Plus rien ne me m’arrêterait : ni grand frère, ni famille, ni mari, ni paperasse ne barreraient ma route

Malgré ma grosse fatigue, une semaine durant, j’ai remué ciel et terre. Le rendez-vous au centre de cardiologie spécialisé en transplantation cardiaque à Paris et la prise en charge de ma caisse d’assurances sociales obtenus, j’ai pris l’avion, accompagnée de mon cousin, avec la ferme intention de revenir vivante.

« Mon cousin m’expliqua que l’opération du péricarde était à la chirurgie cardiaque ce qu’une appendicite est à la chirurgie générale, sans gravité ni difficulté. »

Après examens, le diagnostic de Tunis fut confirmé à l’unanimité par tous les médecins. Cependant, l’un d’entre eu insista pour me faire une nouvelle échographie, son service venant de faire l’acquisition d’un nouvel appareil sophistiqué, permettant un agrandissement maximum des images obtenues. Le lendemain, tous les bilans établis à Tunis étaient refaits.

Le cardiologue spécialiste en échographie cardiaque, vint m’ausculter. Il sortit un moment et quand il entra, accompagné de deux collègues et de mon cousin, je compris tout de suite que le diagnostic de départ avait changé.

«Votre muscle cardiaque est parfaitement normal, l’anomalie vient du péricarde».

Par la force des choses, j’étais devenue experte en termes de cardiologie. Je savais ce qu’était le péricarde, mais je ne savais pas si ce qui allait suivre annoncerait plus ou moins de gravité de mon cas.

Je scrutais le visage de mon cousin, il me semblait rassuré.

Le chef de service reprit: «Il y a présence d’un ancien hématome qui s’est calcifié au fil des années, entre les deux membranes du péricarde, l’enveloppe qui entoure le cœur. Il fait blocage et empêche les mouvements de contraction et de relâchement du coeur.

Il va falloir opérer à ce niveau pour l’ôter et libérer le cœur».

Mon cousin m’expliqua que l’opération du péricarde était à la chirurgie cardiaque ce qu’une appendicite est à la chirurgie générale, sans gravité ni difficulté.

Le plus dur va être de convaincre la caisse d’assurances maladies d’une prise en charge pour une intervention et non une transplanta-tion cardiaque.

Ce n’est qu’après l’intervention que j’ai compris le souci de mon cousin quant à la prise en charge de mon intervention. Mon opération était la première du genre en France. Le trouble du muscle cardiaque n’ayant jamais été envisagé sous cet angle, j’étais la première personne qui subissait pareille intervention.

Depuis, plusieurs personnes, en liste d’attente d’une greffe cardiaque, ont été sauvées par cette opération.

Après deux mois de convalescence, je suis rentrée, avec un cœur remis à neuf.

Aujourd’hui j’ai divorcé et je suis retournée vivre avec mes parents. Je me suis remise à croquer la vie à pleines dents en remerciant Dieu de cette chance qu’il m’a accordée.