Vivre à Deux

Les hommes seraient-ils polygames de nature ?

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Les hommes seraient-ils polygames de nature ?

Tous les hommes cherchent à voir ailleurs ! Voilà un stéréotype pensez-vous. Moi, mon mari c’est quelqu’un de bien, fils de bonne famille, il ne peut qu’être fidèle. De plus c’est un père idéal, il adore passer du temps avec ses enfants, je ne le vois pas du tout « chercher ailleurs ».
Mais avez-vous noté le regard et les expressions du visage (ou du corps) de votre mari devant une Haifa Wahbi (ou un de ses nombreux clones) à la télé ? Et si la thèse de la psychologie évolutionniste, qui dit que les hommes seraient polygames de nature, s’avérait juste ?

par Sondes Khribi Khalifa

La psychologie évolutionniste, qu’est-ce que c’est ?

Une branche assez peu orthodoxe de la psychologie, et qui suggère l’étude du comportement social à la lumière de la théorie de l’évolution des espèces et de la sélection naturelle de Ch. Darwin (1859). Les recherches en psychologie évolutionniste sont donc relayées par des recherches qui peuvent venir de la biologie, de la sociologie ou d’autres domaines d’études, qui s’inscrivent dans le courant du Darwinisme.

D’abord, voyons ce que nous dit Charles Darwin : La sélection naturelle est un processus, qui tout entier, tend vers la survie et la reproduction des animaux et de leur progéniture : survie du plus apte. Le plus apte étant celui qui présente les caractéristiques biologiques et organiques les plus adaptées à son environnement ou, et surtout, à l’évolution de celui-ci.
La dynamique de l’évolution et le contrôle génétique seraient juste les instruments du bon dieu…

Le contrôle génétique constitue un facteur fondamental dans le comportement de chacun.

Par exemple, si deux espèces carnivores coexistent, dans un environnement qui change, le gibier étant en train de disparaître peu à peu à cause des conditions climatiques par exemple, alors celle des deux espèces qui va survivre, est celle qui serait capable de se nourrir de végétaux aussi, ou de devenir omnivore.

Comment ceci peut-il arriver ? Il faut savoir qu’au sein de chaque espèce (dans le monde du vivant) il y a des mutations génétiques. Si la mutation en question favorise la survie et la reproduction de l’individu, alors cet individu et sa descendance vont survivre et se multiplier. En même temps, les individus ne présentant pas cette mutation vont subir une extinction progressive, tout simplement parce qu’ils ne sont plus adaptés à leur environnement.

Rappelons que ce genre de processus se lit sur plusieurs dizaines ou centaines de générations et non l’espace d’une vie d’individu. C’est ainsi que, pour revenir à notre exemple, vont survivre les individus présentant la caractéristique génétique, autrement dit le gène , leur permettant de se nourrir de végétaux. Ceux ayant ce gène, sont les plus aptes à un moment t donné.

Au final, la psychologie évolutionniste ne dit pas que tout est génétiquement programmé et prédéterminé, et heureusement ! Mais que le contrôle génétique constitue un facteur fondamental dans le comportement de chacun. Bien entendu, toute personne ne va pas se conduire systématiquement tel que le prévoient les hypothèses de cette théorie, un tas d’autres facteurs peuvent entrer en jeux, le social, le culturel, l’historique et l’économique en tête probablement.

Ainsi, la psychologie évolutionniste voudrait que l’on comprenne nos comportements, que l’on taxerait systématiquement de « culturels », à la lumière de la démarche inconsciente du contrôle génétique.

Après tout, pourquoi accepter que des caractéristiques biologiques et organiques existant aujourd’hui, soient le fruit de longs processus de sélection naturelle, et ne pas accepter cette même idée, concernant des caractéristiques mentales ?… Les caractéristiques mentales, ou les comportements qui en sont induits, se traduisant simplement par certaines séquences d’ADN.

Est-ce que la tendance des hommes à la polygamie découle d’un gène donné ?

La question que nous nous posons est donc de savoir si la « tendance » des hommes à voir ailleurs, est une caractéristique purement culturelle, ou est-ce que ce serait le résultat d’une adaptation évolutionniste. Ce qui veut dire que c’est une caractéristique organique, qui correspond à un gène donné.

Selon la psychologie évolutionniste, la polygamie des hommes est une caractéristique mentale qui a permis aux espèces concernées de survivre dans un environnement donné. Elle ne serait donc pas une caractéristique culturelle, propre aux Arabes et aux orientaux, paraît-il… En d’autres termes, cette tendance trouverait son origine dans la dynamique évolutionniste de la sélection naturelle ou de la survie du plus apte.

Explication : La polygamie (comme caractéristique mentale et donc comportementale) a permis aux individus de sexe mâle de maximiser leurs chances d’avoir une progéniture qui porte leurs gènes. Elle leur a permis de se multiplier et de survivre aux dépends des individus ne présentant pas cette caractéristique, ou autrement dit monogames. Les polygames ont été les plus aptes.

La question est de savoir si la « tendance » des hommes à voir ailleurs, est une caractéristique purement culturelle, ou est-ce que ce serait le résultat d’une adaptation évolutionniste : une caractéristique organique, qui correspond à un gène donné.

La caractéristique n’est donc pas culturelle, mais organique, ou autrement dit commandée par des gènes. Le gène est là, il contrôle le comportement des hommes, rien à faire quoi. Le gène était adéquat dans un environnement donné, même si il ne l’est plus au 21ème siècle et dans nos sociétés modernes. Il faudra attendre encore des millions d’années pour le voir disparaître… ! Si justement l’environnement favorise les hommes monogames ou fidèles… Sinon non.

Après, peut-on affirmer que tout individu de sexe mâle est systématiquement polygame ? Bien sûr que non. Son environnement, son histoire, son éducation, sa personnalité, etc… sont autant de facteurs qui viennent déterminer qu’il soit porté sur la monogamie ou la polygamie.

La psychologie évolutionniste voudrait que l’on comprenne nos comportements, que l’on taxerait systématiquement de « culturels » à la lumière de la démarche inconsciente du contrôle génétique.

Les femmes, plutôt fidèles elles !

C’est encore la théorie qui le dit, eh oui ! La théorie suggère, en effet, que les femelles soient plus réservées. Ce ne serait, non plus, pas culturel…

Explication : Le sperme du mâle présente un nombre infini de spermatozoïdes, alors que la femelle ne produit qu’un ovule par cycle. En plus elle ne peut enfanter que jusqu’à un certain âge. La femelle connaît très bien son rejeton puisque c’est elle qui le met au monde, alors que le mâle ne peut pas -théoriquement- le connaître. La femelle aurait besoin de temps et d’énergie pour élever son petit pour qu’il atteigne l’âge adulte, alors que le mâle va passer son temps à maximiser ses chances d’avoir une progéniture et à placer son sperme dès qu’il le peut, puisqu’il ne peut s’investir auprès d’un petit dont il ne peut être sûr qu’il est le sien.

A un certain moment, après les groupes ou les communautés qui vivent chassent et se déplacent ensemble, des familles commencent à se constituer, chez les primates notamment. On remarque, dès lors, qu’un IPM (investissement parental mâle) commence à exister, et que plus l’IPM est élevé, plus la polygynie est faible. Donc la femelle est plus réservée, tout simplement parce qu’étant donné qu’elle connaît sa progéniture, elle va s’en occuper et dépenser du temps et de l’énergie à le faire. Ainsi, elle ne va pas passer son temps à copuler pour faire des petits.

En plus, et vu la rareté relative de cet enfantement, sous-entendu rareté biologique (1 ovule par cycle, et jusqu’à un certain âge seulement), la femelle va bien prendre son temps pour choisir le partenaire, père de sa progéniture, afin de maximiser ses chances d’avoir un petit, bien portant et en bonne santé.

La logique de la sélection naturelle ferait que ce genre d’individu survive aux autres. A savoir, les femelles choisissant des partenaires en bonne santé. Celles-ci vont se multiplier et l’emporter sur les autres. Tout simplement parce que leur descendance est en meilleure santé. Même raisonnement pour les femelles qui prennent plus de temps pour élever leur progéniture, etc…

En somme, la logique de l’évolution est invisible, les gènes ne sont pas extralucides ou même conscients, ils n’essaient pas de faire ceci ou cela. Ils sont juste le produit de la sélection naturelle. Après, on peut penser qu’il y a du déterminisme là-dedans, la main invisible de dieu. Bien sûr. Ce n’est pas contradictoire. La dynamique de l’évolution et le contrôle génétique seraient juste les instruments du bon dieu…

L’amour parental, commandé par des gènes aussi ?

Dans toutes les sociétés les parents protègent et nourrissent leur progéniture. On appelle cela l’amour parental. Est-ce culturel ? C’est ce que laisserait entendre cette nouvelle tendance des sociétés postmodernes, où on ne veut plus faire d’enfants, et quand on en a, on ne veut plus y sacrifier sa vie et sa carrière. Si beaucoup de femmes ont choisi de ne pas faire d’enfants et de privilégier leur carrière et leur liberté, et si de nombreux hommes et femmes abandonnent famille et enfants pour vivre de nouvelles aventures amoureuses, ou carrément pour changer de vie, est-ce que cela prouve que l’amour et la dévotion parentale à l’éducation des enfants est une caractéristique mentale culturelle ? Surtout, si l’on constate, en parallèle, cette tendance effrénée à avoir beaucoup d’enfants dans d’autres sociétés, dites traditionnelles, souvent pauvres de surcroît.

L’hypothèse évolutionniste postule que le sentiment maternel, (ainsi que l’IPM élevé dont on a parlé plus haut qui est induit par le sentiment paternel) se seraient glissés dans le psychisme des primates, au fur et à mesure. L’évolution aurait ainsi produit une tendance à la bienveillance forte et ciblée, plutôt qu’une tendance à la bienveillance faible et diffuse.

En termes simples, les individus qui « aiment » leur progéniture, donc qui la protègent des prédateurs et la nourrissent, auraient survécu et répandu, par conséquent, leur patrimoine génétique sur toute l’espèce. En contrepartie les individus n’ « aimant » pas suffisamment leur progéniture, ou autrement dit, ayant une tendance à « l’individualisme », pour utiliser un mot à connotation culturelle, auraient peu à peu disparu. Les premiers auraient été les plus aptes à survivre, puisque leur descendance aurait été bien nourrie et protégée des prédateurs.

Le gène est une entité organique qui contient de l’information, précisément selon les séquences d’ADN qu’il contient. L’ADN étant des protéines qui s’organisent selon des séquences de 4. Soulignons que Darwin a élaboré sa théorie, environ un siècle avant la découverte du génome humain. Ceci dit, d’autres ont pris le flambeau et renforcé sa théorie avec le progrès scientifique et technique et toutes les portes qu’il ouvre.

Hasna, femme au foyer, 38 ans
« Mon mari me trompe, je le sais, je le sens plutôt. Je n’ai aucune preuve, mais je le sens. Je suis malheureuse au fond de moi oui, mais je fais semblant de ne pas le croire, qu’est-ce que je vais devenir sinon, je ne travaille pas, j’ai trois enfants. Ma vie c’est ici chez moi. Je n’ai pas d’autre vie. Rabbi yahdih… »

Hanène, enseignante,35 ans
« Mon mari est très fidèle, j’en suis certaine. Nous nous sommes mariés par amour, nous nous connaissons depuis l’âge de 15 ans. Et puis c’est quelqu’un de très croyant, jamais il ne ferait une telle chose. Même si je ne suis pas une super belle femme, je pense que je suis la reine de sa vie. Ce n’est pas une question de beauté à mon avis, c’est du domaine du ressenti… ».

Asma, secrétaire médicale, 45 ans
«Je crois que tous les hommes sont portés sur la polygamie comme on dit, certains passent à l’action, certains non. Je travaille avec beaucoup d’hommes et je vois plein de choses, à peine croyables. Parfois il suffit d’un rien, qu’un homme trouve l’occasion de le faire, à la fin d’une soirée arrosée par exemple, et il passe à l’action. Le lendemain c’est fini il aura tout oublié. Je ne sais pas quoi penser, ils sont comme ça les hommes, le sexe ça n’a rien à voir avec l’amour je pense ».

L’avis du spécialiste : Dr Khlil Ben Farhat neuropsychiatre, clinique Ettawfik

Les hommes seraient-ils polygames de nature ?

Savez-vous que c’est uniquement au début du 20ème que l’on a reconnu à la femme la possibilité de jouir. Voilà qui en dit long sur la nature des rapports homme/femme, et précisément sur les représentations que l’on s’en fait, collectivement, en tant que société.

Au centre de cette question de la polygamie, le rapport de force, celui que l’homme a toujours voulu imposer à la femme. L’homme sait que la femme lui est quelque part supérieure, en ce sens qu’elle a quelque chose qu’il n’a pas. La capacité de donner la vie. C’est divin voyez-vous. Elle a une part de divinité par cette capacité. Au lieu d’être simplement bouleversé par cette capacité, agréablement bouleversé, ce qui revient à être séduit…une bonne partie des hommes va réagir négativement, en voulant contrôler la femme. L’homme a énormément dépensé d’énergie à vouloir contrôler la femme durant des siècles, la polygamie n’en est qu’un exemple.

Mais peut-on dire que l’homme a « besoin » d’avoir plusieurs femmes ? Au sens du « besoin biologique » ?

L’homme a besoin de séduire, donc besoin d’une partenaire…une fois qu’il l’a séduite, il va chercher à revivre la même sensation. C’est quelque part un besoin perpétuel de se valoriser. C’est ce qui pousse certains hommes à la polygamie, à mon avis. Ce que je vois, dans ces collectionneurs de femmes, c’est surtout un manque de confiance en soi, une volonté de toute-puissance. Une conquête infinie d’une belle image de soi-même. Il y a beaucoup de manipulation, dans cela aussi, à mon avis. L’homme qui collectionne les femmes se comporte un peu comme un pervers qui pompe ce qu’il y a de bon chez sa victime, pour passer à autre chose ensuite. C’est ce besoin de valorisation qu’il va précisément pomper chez la femme…La femme, elle, est en général plus sereine. Elle donne la vie et elle le sait, elle a donc beaucoup moins besoin de se valoriser.