Vivre à Deux

10 questions que vous n’avez jamais osé poser à un sexologue

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10 questions que vous n’avez jamais  osé poser à un sexologue

La sexologie est une spécialité encore assez jeune et donc un peu méconnue en Tunisie. Néanmoins, les gens commencent peu à peu à se rendre compte de son utilité, du rôle qu’elle pourrait jouer dans notre bien-être au quotidien.

par Myriam Bennour Azooz

Vous vous posez peut-être des questions sur cette nouvelle spécialité ? Livret Santé a rencontré pour vous le docteur Inès Derbel, psychiatre sexologue pour nous en dire plus sur ce domaine.

1- Tout d’abord, qui s’adresse à un sexologue ?

Je vois dans mon cabinet toutes les catégories de la population. On reçoit les hommes, les femmes, individuellement ou en couple. On voit aussi de plus en plus de jeunes et d’adolescents qui s’adressent à nous pour des conseils, pour avoir des réponses qu’ils n’ont pas forcément ailleurs, ou qu’ils n’osent pas chercher auprès de leurs parents ou de leurs proches. En effet, il y a beaucoup de jeunes qui ont le sens critique des choses et qui cherchent à comprendre, à s’instruire dans ce domaine. C’est d’ailleurs une très bonne chose, puisque l’éducation sexuelle est une part intégrante de notre profession, et c’est plus prudent de chercher les réponses auprès d’un spécialiste. Ceci est valable pour tous les âges, puisque nous avons aussi des couples mariés depuis des années qui viennent nous consulter et qui continuent d’avoir beaucoup de fausses idées sur la sexualité.

2- Comment se déroule une séance chez un sexologue ?

Cette question est vraiment très vaste. Il n’y a pas de séance type. Cela varie en fonction de la pathologie et de la plainte du patient. Cela va donc se passer différemment et durer plus ou moins longtemps s’il s’agit d’une thérapie de couple, d’une trouble sexuel féminin, ou masculin, si c’est un adolescent qui pressent avoir des penchants sexuels peu communs ou encore si c’est une séance d’éducation sexuelle. Prenons le cas d’une thérapie de couple, ce sera généralement une séance d’une heure par mois étalée sur une période d’an. Durant la première séance, on reçoit le couple ensemble, par la suite, c’est individuellement qu’ils consultent pour recueillir le ressenti de chacun. Ce n’est qu’après que l’on reprend les séances communes. Il est à noter tout de même que si le besoin s’en fait sentir, on peut très bien revoir les conjoints séparément.
La thérapie se base essentiellement sur la discussion, appuyée sur diverses techniques destinées à consolider la communication et à ce que chacune des parties exprime son ressenti.
Dans le cas d’un trouble sexuel, c’est à peu près le même fonctionnement. En effet, même si le problème touche uniquement un des conjoints, une sexothérapie ne peut être menée à bien sans voir le partenaire. Comme l’acte sexuel se fait à deux, on remarque que, souvent, le partenaire soit il est le facteur qui entretient la pathologie sexuelle soit il en est le facteur déclenchant. Il a donc un rôle important dans le processus thérapeutique. C’est le cas du vaginisme notamment où arrivera un moment où on ne pourra plus avancer dans la thérapie sans le mari.

3- Donc les séances se basent essentiellement sur la discussion ?

Principalement oui, mais il y a aussi les jeux de rôles et diverses autres techniques. Nous proposons aussi des exercices à faire à la maison, ce qu’on nomme les tâches assignées. Pour le reste, cela dépend de la spécialité. Pour ma part, étant psychiatre, je n’ai pas le droit d’examiner les patients, du fait de la complexité de la relation thérapeutique qui se met en place entre un psychiatre et son patient (le transfert, le contre-transfert…). Par contre, pour des spécialistes comme l’urologue ou le gynécologue, eux ont parfaitement le droit d’ausculter leurs patients pour vérifier qu’il n’y pas de cause organique à l’origine du trouble sexuel.

4- Est-on dirigé vers un sexologue ou y va-t-on tout seul ?

Cela arrive de plus en plus que des patients nous sont envoyés par le biais de leur médecin généraliste. Cette culture commence à apparaître. Il n’y a encore pas longtemps, certains médecins ne savaient pas qu’il existait des sexologues en Tunisie. Aujourd’hui, certains généralistes, mais surtout les gynécologues font le pas de conseiller à leurs patients de consulter un sexologue pour un problème qui dépasse leur spécialité.

5- Est-ce que le sexologue peut prescrire des médicaments ?

Comme pour le cas des auscultations physiques, seul un médecin a le droit prescrire des médicaments. Mais cela ne veut pas dire que cela se fera systématiquement. En effet, parmi les troubles sexuels il y a ceux qui ont une origine psychique et d’autres ayant une origine organique. Ce n’est que pour ce dernier cas qu’au besoin, le médecin donnera un traitement à son patient. Ce n’est donc pas systématique, et quelqu’un pourra parfaitement mener à bien une sexothérapie sans le moindre traitement médicamenteux.

6- A quel moment faut-il consulter un sexologue ?

Lorsque cela devient une source de souffrance pour l’un des conjoints. Il n’y a pas de durée prédéfinie au bout de laquelle il est dit qu’il faut se faire aider, c’est à la personne d’oser demander de l’aide quand elle en ressent le besoin. Bien sûr, généralement, au début, elle va se dire : « non ce n’est rien, cela va passer », essayer de dépasser cela toute seule, peut être d’en parler avec des proches, mais si ça continue, il faut consulter. Il ne faut surtout pas se sentir gêné ou se dire que ce n’est rien ; si c’est une source de souffrance, c’est que c’est important. Et le sexologue est là pour écouter, pour tenter de résoudre le problème sans juger. Pour ce qui est des couples, c’est au moment de la « crise insoluble », c’est-à-dire lorsque la rupture devient envisageable qu’il faut consulter. Pour d’autres cas encore, le déclic peut venir de troubles sexuels organiques du fait d’une maladie chronique (comme le diabète, la tension, le cancer…soit comme symptôme soit du fait du traitement médicamenteux).

7- Est-ce qu’une seule séance peut suffire ?

Cela dépend des cas. Si c’est une question d’éducation sexuelle, c’est possible. Il y a les adolescents qui viennent pour cela. Mais il y a aussi des couples mariés qui, ayant des rapports sexuels douloureux ou décevants, pensent avoir des problèmes. Et c’est en creusant, en leur posant des questions que l’on se rend compte que c’est une question de manque de connaissances dans ce domaine. Là, notre rôle est de leur expliquer, de balayer ces fausses idées. C’est le genre de cas où une, voire deux séances suffisent pour régler le problème.

8- >Quelle est la différence entre thérapie de couple et sexothérapie ?

Les thérapies de couples s’apparentent plus aux psychothérapies. Elles durent généralement une année, suivie d’une pause après laquelle on peut reprendre pour évaluer la situation au besoin. Les sexothérapies elles, se prolongent rarement sur une telle période, puisque c’est lié à un problème ponctuel. Un couple décidera d’entamer une thérapie pour aborder ses difficultés relationnelles. Celle-ci est nécessaire lorsque le couple est dans l’impasse et que la communication devient difficile, agressive voire impossible, chacun reprochant à l’autre d’être la cause de sa souffrance. A savoir qu’un couple qui décidera de prendre cette voie aura sans doute des problèmes sexuels, mais cela ne sera pas ici le problème majeur, plutôt la conséquence de la mésentente. La sexothérapie est plus adaptée si le problème est purement physique.

9- Quels sont les motifs majeurs de consultation ?

La palette des motifs de consultation est assez vaste. On peut venir pour des rapports sexuels douloureux. Ils peuvent l’être autant pour la femme que pour l’homme et sont généralement d’origine psychologique. En effet, tout comme la pénétration peut être douloureuse pour la femme, l’éjaculation peut l’être pour l’homme. On consulte aussi pour des troubles de la libido que ce soit une baisse du désir ou le contraire, des troubles de l’excitation ou du désir. Il est à noter qu’une femme qui n’a pas d’orgasme à chaque fois n’entre pas dans ces catégories. Par contre, l’anorgasmie est un motif de consultation et est d’ailleurs l’un des troubles les plus difficiles à traiter puisque ça a généralement des origines psychologiques très enfouies.

10- Est-ce remboursé ?

Malheureusement pour le moment, ça ne l’est pas, mais il existe un projet en cours d’étude pour le remboursement des psychothérapies, ce qui inclura les sexothérapies. Ce qui est très logique d’ailleurs, puisque les sexothérapies prennent en charge des troubles ponctuels, dont le traitement dure beaucoup moins longtemps qu’une psychothérapie. D’autant plus que les troubles sexuels sont aujourd’hui un véritable problème de santé publique. En effet, le taux de mariages non consommés est un véritable phénomène que l’on rencontre assez souvent dans notre société, cela inclut le vaginisme, les dysfonctionnements érectiles et l’éjaculation précoce.