Vivre à Deux

S’aimer à 60 ans Papy et mamie ne font pas dans la dentelle

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S’aimer à 60 ans Papy et mamie ne font pas dans la dentelle

Y a-t-il une vie sexuelle après 60 ans ? La question reste encore taboue et même si elle est abordée, c’est à travers des anecdotes impudiques. Mais le fait est là : l’amélioration de la qualité de vie a fait qu’on reste jeune plus longtemps…

par Salem Jelassi

Le corps éprouve encore des besoins que la société ignore.
Du côté des femmes aussi bien que des hommes, ce besoin d’émotions, de plaisir et d’orgasme s’exprime encore à cet âge. « Oui, on en voit de plus en plus ! » répond le Dr Nedra Gharbi, chirurgien esthétique, lorsqu’on lui pose la question : les femmes de plus de 60 ans ont-elles recours à la chirurgie esthétique intime ?

« Il y a des femmes qui viennent pour un lifting classique mais elles choisissent en même temps de faire une intervention pour remonter les organes génitaux par exemple, poursuit notre chirurgien. Certaines femmes âgées de 50 à 60 ans ne viennent que pour cette opération… »

Y a-t-il derrière cela une volonté de rajeunir uniquement ou bien le désir de reconquérir le plaisir à deux ?

« Non, à mon avis et d’après le témoignage des candidates à cette opération, ni l’un ni l’autre. Il y a une volonté de reconquérir un image de soi dégradée mais il y a surtout le désir de garder la stabilité du couple… ‘C’est pour reconquérir mon mari !’ me répète t-on souvent. »

Et des maris ont été bel et bien reconquis d’après le témoignage de ces femmes qui ont tout de suite eu recours à la chirurgie de l’intime dès qu’elles ont constaté le fameux relâchement des tissus que entraîne la « descente des organes » et gêne la pénétration.

Ménopause n’oblige pas !

Oui ! Le sexe après 60 ans, ça concerne aussi les femmes. Ou plutôt, les femmes sont concernées par le sujet… et par l’acte, et c’est ça la grande nouveauté chez nous.

Il y a celles qui enterrent complètement cette question, qui se résignent, qui ne veulent même plus en parler et qui profitent de la ménopause pour mettre fin à une vie sexuelle subie et sans plaisir aucun.

« Ma grande réalisation, c’est d’avoir réussi à faire chambre à part après des années de vie intime pas vraiment très brillante. Je n’ai que 56 ans, mais mon mari en a 65 et il continue à avoir de l’appétit… J’ai profité de la ménopause et de la sécheresse vaginale pour dire stop… Il faut dire qu’il n’a pas non plus insisté. Je sais parfaitement qu’il a une jeune maîtresse… »

Mais il y a aussi les autres ! Celles qui refusent de s’inscrire au groupe des vieillardes ravagées par une catastrophe biologique nommée ménopause.

En effet, la ménopause n’est souvent pas vécue comme un drame et certaines femmes ne refoulent pas leur désir érotique à plus de 50 ans… Bien au contraire, elles se trouvent libérées et découvrent un corps toujours sensible et une imagination toujours débordante de projets et de fantasmes, une imagination d’autant plus développée qu’elle est détachée de la reproduction.

A cet âge, les femmes se trouvent en effet libérées de plusieurs soucis, et même si elles ont perdu leur libido, elles se laissent aller à une liberté érotique… où le côté ludique et émotionnel est le but recherché plutôt que les ébats fougueux et passionnés.

« Avec le bénévolat, le travail associatif, les voyages…, je ne m’ennuie pas, dit Fadhila, 61 ans. Mais je ressens toujours ce besoin de séduire et d’éprouver des émotions fortes sur le plan physique. » Ce qui est nouveau également dans notre société, c’est que les femmes restent jeunes beaucoup plus longtemps et peuvent avoir recours à la pharmacopée de l’intime qui les aide à prendre un second souffle. Même si le viagra féminin n’existe pas encore, lubrifiants et hormones permettent de gommer la plupart des inconvénients du vieillissement.

« L’orgasme féminin existe après 60 ans, les gens n’en parlent pas parce que c’est encore un sujet tabou, dit cette enseignante universitaire à la retraite. Personnellement, j’ai vécu des moments extraordinaires, je sens que j’ai encore envie de le faire… Malheureusement, l’état de santé de mon mari ne le permet pas, mais la vie associative me donne la possibilité de faire plein de rencontres et l’aventure se révèle surtout d’une grande qualité. »

Boostés, les hommes !

Du côté des hommes, c’est bien connu : ils ont toujours lié leur virilité à leur longévité sexuelle. Le démon de midi peut les rattraper à plus de 60 ans. Pire, disent certains, c’est à cet âge que l’homme se déchaîne et commence à chercher des partenaires jeunes pour conjurer l’angoisse de la mort. Que disent les médecins ?

« Chez les hommes, l’érection qui apparaît en quelques secondes pendant la jeunesse met désormais quelques minutes à s’établir, mais une fois présente, elle peut se maintenir sans problèmes. La rigidité complète s’installe juste avant l’éjaculation. Les caresses sexuelles deviennent primordiales pour provoquer l’excitation. » Voilà, en résumé, ce qui se passe « naturellement » dans le corps d’un homme…

Mais avec l’avènement des pilules « magiques » comme le viagra et compagnie, l’érection ne se fait plus attendre. On peut même se passer des caresses parfois.

Oui, ces pilules existent bel et bien chez nous, même si elles circulent dans un circuit parallèle.

« Ça a changé ma vie ! dit Mohamed, 69 ans. C’est un ami qui me l’a conseillé. On est allé l’acheter chez un garçon de café du coin… Depuis, je me fournis régulièrement chez lui… C’est vrai qu’il y a un risque sur le plan de la santé, mais il vaut bien la peine d’être couru. »

La grande affaire pour les seniors, que ces pilules qu’on vend sous le manteau et qui semblent avoir un succès fou malgré les mises en garde…
« De toute façon, personne n’en est mort jusqu’à aujourd’hui, poursuit notre interlocuteur… Je ne vois pas pourquoi on ne vend pas ces pilules du bonheur dans les pharmacies… Ça nous coûterait moins cher. La sexualité n’est pas un luxe ! »

Le diktat des images

Si cette vie sexuelle après 60 ans reste encore taboue du côté des femmes, on en parle avec beaucoup plus de liberté à travers des anecdotes impudiques chez les hommes. Cela dit, il y a toujours
quelque chose qui revient dans le discours des hommes de plus de 60 ans : le côté visuel de la féminité qui s’affiche de plus en plus et qui provoque le désir. Force est de croire que la société de consommation a basé sa communication sur les images.

Ces images, que ce soit dans des publicités ou dans des clips, mènent les hommes à repenser leur sexualité, les mettent face à un défi.

« Quand je vois les clips des chansons arabes surtout, je ne peux pas m’empêcher de dire ‘Ah ! si je pouvais encore !’, dit Merhez, 75 ans… C’est ça, le problème, on nous met du sexe partout…
Dans la rue, les filles sont de plus en plus belles, même si elles sont voilées, elles laissent toujours quelque chose pour nous interpeller… Il y a quelque chose qui n’a pas eu lieu pendant
ma génération… Veinards sont les jeunes d’aujourd’hui ! »

C’est vrai que désormais, on est jeune plus longtemps, mais la télévision a aussi beaucoup influencé le comportement sexuel des seniors.

On réagit donc, on essaie d’être dans le coup, pour être dans la vie et prouver que l’âge n’est pas un naufrage… Pourquoi pas ? Il ne faut pas prendre un désir qui dort pour un désir mort…