Vivre à Deux

Trouver le bonheur sur un lit de succès

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Trouver le bonheur sur un lit de succès

On court, on court, au bureau comme à la maison. On a constamment cette sensation d’être pressé. Une fausse contrainte de vitesse pèse de manière fulgurante sur tous nos comportements au quotidien… le sexe n’y échappe pas. Pourquoi les femmes sont-elles rarement satisfaites ? Pourquoi les hommes cherchent (toujours) à voir ailleurs?

par Sondes Khribi Khalifa

Vite… il faut faire vite !

C’est la phrase qu’il chuchote dans l’oreille de sa femme, car il veut « boucler » rapidement pour passer à autre chose, le match de foot à la télé, ou le nième débat politique sur la 1.
Elle lui répond que oui, elle est parfaitement d’accord car, de toutes les façons, les enfants peuvent se réveiller d’un moment à un autre, alors vaut mieux pas faire de vagues, rester discret et faire preuve d’efficacité ! Voilà ! Ça lui donnera un petit quart d’heure avant de dormir d’ailleurs, comme ça elle peut essayer la nouvelle huile hydratante pour le corps qu’elle vient de se payer avec sa prime. Elle prend un plaisir fou à étaler cette crème onctueuse sur ses jambes, à la lumière tamisée de l’abat-jour qu’elle vient d’allumer. Tout à l’heure, ils étaient dans le noir, c’est mieux comme ça. On voit moins ses rondeurs et sa cellulite. Et elle verra moins son ventre flasque aussi. L’obscurité est mieux pour tout le monde à la fin… !

Cultes de la vitesse et de la performance

Nous vivons dans une société où sont véhiculées certaines valeurs et certaines représentations. Chaque société a les siennes et celles-ci sont historiquement déterminées, mais influencées aussi par la dynamique et les évènements qui marquent cette société. Le sexe n’échappe pas à cette dynamique. On pense être libre de ses faits et gestes, faire l’amour comme on le sent, mais on est, en réalité, plus ou moins -inconsciemment- influencé par toutes ces valeurs.

Le culte de la performance, de la compétitivité, de la vitesse et du succès en général, ne sont pas sans influencer nos pratiques sexuelles. Il ne s’agit pas non plus de vérités universelles, c’est à moduler selon la personne. Une femme ou un homme va adhérer (toujours inconsciemment) à ces valeurs ou à ces cultes, sa personnalité, son vécu et ses expériences vont aussi interagir, pour induire en fin de compte un comportement donné en relation intime.

Une femme, par contre, fait l’amour pour parler.

Les hommes parlent pour faire l’amour…

Les hommes parlent pour faire l’amour, les femmes font l’amour pour parler. C’est connu. Et ça veut dire toute la différence d’attitude par rapport à la relation intime, chez l’homme d’un côté et la femme d’un autre. Un homme va parler à une femme, uniquement pour parvenir à ses fins, précisément faire l’amour. Je préfère dans ce cas une expression moins élégante, mais qui colle mieux à l’acte en question : tirer un coup. Une femme, par contre, fait l’amour, pour parler. Entendez pour communiquer. Physiquement.

Ce qui intéresse les hommes c’est le résultat, arriver (en général le plus vite possible) à l’orgasme. Ce qui intéresse la femme c’est le processus, la manière dont l’amour physique se déroule… Chez la femme, il ne peut y avoir de résultat (ou d’orgasme) si le processus n’a pas été réussi. Chez l’homme au contraire, l’orgasme est quasi mécanique. Peu importe le moyen, ou la femme, à la limite…

Boucler (si non bâcler) au plus vite et passer à autre chose. Voilà l’idée qui accompagne la plupart des rapports qui ont lieu dans un classique lit conjugal, il s’agit justement de devoir conjugal…

Le culte de la performance, de la compétitivité, de la vitesse et du succès en général, ne sont pas sans influencer nos pratiques sexuelles.

Le devoir conjugal

Il n’y a pas pire que ce vocabulaire pour rebuter la femme et lui donner une inhibition et un dégoût total de la relation sexuelle. Certaines femmes vont alors jouer des tours, faire semblant d’être malades, sinon fatiguées, sinon submergées de travail…pour échapper au DEVOIR conjugal. L’idée de devoir rejoint, en effet, l’idée de l’objectif, de la contrainte et du résultat final. Le process n’a même pas d’existence (conceptuelle) là-dedans. Comment parler d’envie au sein d’un devoir conjugal ? Ce n’est pas simple, oui. Raison pour laquelle beaucoup de couples commencent à vivre un véritable désert sexuel, juste quelques années après le mariage. Le culturel y est pour quelque chose aussi. Ça ne fait pas très mature d’être toujours en chaleur, comme ça. On n’est plus des ados, on se calme alors et on passe aux choses sérieuses de la vie. Comme quoi les choses sérieuses ? Eh bien comme travailler encore et encore pour avoir une promotion, construire une grande maison, changer de voiture, faire des fêtes et des réceptions où on étale ses succès, mais aussi et surtout…élever les enfants. C’est du boulot ça !

Finalement ce n’est pas étonnant de voir ces couples vides d’amour physique, avec des hommes qui regardent à droite et à gauche et des femmes qui se tuent dans leur carrière, ou dans l’éducation de leurs enfants, pour compenser.

Réhabiliter le sexe…?

Toutes les civilisations antiques promouvaient une éthique de la lenteur au lit, de l’écoute et de la caresse échangée. L’Orient est connu depuis des millénaires pour son raffinement dans ce sens.

Le dilemme (originel) posé par la différence entre la sexualité masculine et féminine trouve sa solution de manière merveilleuse dans l’éthique de la lenteur. Le tantra chinois invite même à faire du yoga sexuel, c’est-à-dire de prendre des positions données et de se concentrer autant sur son propre plaisir, que sur l’énergie cosmique, pour faire entrer toute cette énergie (celle cosmique et celle liée à l’orgasme) en soi. Le but est d’avoir le minimum d’éjaculations et le maximum de plaisir. C’est que l’éjaculation vide l’homme de son énergie.

L’éthique de la lenteur est simplement le meilleur moyen pour avoir une sexualité épanouie, autant pour l’homme (ça le fatigue moins …) que pour la femme (ça la satisfait plus).

Alors, au lieu de lui chuchoter à l’oreille « vite, il faut faire vite », dites-lui plutôt des mots doux, dites-lui qu’elle vous manque, que vous regrettez de n’avoir plus le temps ni la possibilité d’être avec elle autant que vous le voulez. Prenez les choses en main et organisez- vous pour classer vos objectifs dans la vie, établir des priorités. Demandez-vous ce qui est plus important, plus intéressant. Le bonheur au quotidien n’est peut-être pas si difficile à atteindre…

Rappelez-vous enfin que le sexe est une source inestimable de bienfaits, c’est un excellent antidépresseur naturel et un activateur du métabolisme général. Alors réhabilitons le sexe… ! Ça résoudra bien des problèmes.

Eloge de la lenteur…

Il faut faire vite, pour gagner du temps…pourquoi donc ? Pour finir plus tôt… Pour pouvoir faire telle ou telle course qu’on a besoin de faire depuis des jours maintenant ! Pour passer tel coup de fil, etc.

Notre drame est d’avoir constamment cette attitude pressée, de vouloir faire plus de choses qu’il n’est possible. On veut faire vite, autant devant une boulangerie pour acheter un pain, qu’au lit avec sa femme.

Prenez le temps de faire l’amour, ce n’est pas du temps perdu. Bien au contraire. Le temps perdu est celui que vous dépensez dans des activités où vous êtes comme un robot téléguidé, par exemple devant des émissions télévisées séniles et abrutissantes, pour lesquelles vous sacrifiez des soirées. Ou dans des conversations téléphoniques infinies et «futilissimes». Le mot n’existe pas oui, je l’invente pour dire toute la futilité d’une bonne partie de nos comportements inconscients.

La vie d’un homme c’est peu de temps. Ne la perdez pas à la gagner. Ne la perdez pas à courir derrière des mirages. Le temps vous échappe à partir du moment où vous êtes pressé. Alors prenez votre temps, saisissez-le !

L’avis du spécialiste Dr Khalil Ben Farhat neuropsychiatre et sexologue (Clinique Ettawfik)

Pourquoi on voit de moins en moins de couples véritablement épanouis au lit ? On dit que les femmes sont frigides… ?

Les femmes ne sont pas frigides, ce sont les hommes qui sont impuissants. La communication corporelle est le premier vecteur de communication au sein d’un couple, si celle-ci n’est pas réussie, le couple est réellement fragile. Les hommes sont de plus en plus impuissants, à mon avis, au sens figuré et non pas propre bien sûr…parce que le fardeau qui pèse sur eux est de plus en plus lourd. La crise économique par exemple, l’augmentation fulgurante des prix et donc la chute du pouvoir d’achat, font perdre beaucoup de pouvoir à l’homme.

C’est qu’il faut se rappeler que les rapports de pouvoir s’établissent au fond par rapport à l’argent: qui ramène l’argent au foyer…? L’homme est de plus en plus angoissé alors, car il perd du pouvoir, littéralement. Il a une angoisse constante, même si elle reste inconsciente ou non verbalisée, par rapport à ce qu’il veut se payer, le crédit de la maison, tel achat pour les enfants, etc.

Ce lourd fardeau social et culturel inhibe l’homme en quelque sorte, il a beaucoup d’engagements, beaucoup trop. Il n’a plus d’énergie. Ou plus d’énergie pour les choses essentielles dans son couple, comme le sexe. Je vois en effet (en consultation) que les couples se disent de plus en plus fatigués…le soir venu.

Mais attention à ne pas généraliser, car on parle ici d’une classe ou d’une catégorie sociale donnée, celle moyenne et moyenne supérieure. C’est-à-dire cette classe qui a plein d’aspirations, plein d’attentes et d’objectifs.

L’ouvrier moyen qui rentre avec 15 à 20 dinars par jour, lui, n’a aucun souci ou presque, rien à perdre, effectivement, et tout à gagner. Il mange à sa faim et il fait l’amour à sa femme quasiment tous les soirs.

On ne voit pas le même blocage que chez les classes qui ont de grandes aspirations et surtout de grands carcans…sociaux bien sûr. Il faut ceci, il faut cela, etc. Vivement la pauvreté alors ? Trop simple, non ce n’est pas ce que je dirai…mais je dirai oui vivement une réelle libération de tous ces carcans qui nous pèsent tant et retrouvons une vie simple, simple et saine j’ai envie de dire.